0ù s’arrête le goût, où commence la science ?
Emmanuel Lubezki (Directeur de la photographie / DOP)
1. Le goût relève de la création
Le goût est légitime dans :
• le choix artistique (tournage, étalonnage, mixage),
• les partis pris esthétiques (chaud/froid, contrasté/doux, stylisé/naturel),
• la création d’une intention.
C’est le domaine de l’auteur.
Une fois l’œuvre créée, le goût n’a plus vocation à intervenir dans sa restitution.
2. La reproduction relève de la science
La reproduction fidèle d’une œuvre est un problème physique, pas émotionnel :
• colorimétrie,
• luminance,
• gamma / EOTF,
• balance du blanc,
• linéarités,
• stabilité temporelle.
Là, la perception humaine seule est insuffisante :
• elle s’adapte,
• elle mémorise mal,
• elle est influençable (environnement, fatigue, contexte).
3. En calibrage, seule la mesure objective valide le résultat
C’est le point central — et souvent le plus mal compris.
Un calibrage n’est pas :
• « ce que je préfère »
• « ce que le client aime sur le moment »
• « ce qui flatte l’œil »
Un calibrage est :
• le respect mesurée des standards (Rec.709, D65, PQ, BT.2020, etc.),
• validé par des instruments traçables,
• reproductible,
• vérifiable par un tiers.
Sans mesure objective, il n’y a pas de calibrage — seulement un réglage subjectif.
Le goût appartient à la création, la reproduction appartient à la science.
En calibrage, la subjectivité n’a aucune valeur probante : seule la mesure objective valide la conformité à l’œuvre originale.